Web 2.0 : 2 ans de buzz !
14 octobre 2006
Depuis l’éclatement de la bulle internet en 2001, le web n’avait pas connu d’agitation aussi importante que celle du Web 2.0.
Economistes, sociologues et experts nouvelles technologies, tout le monde en parle au point qu’il ne se passe pas un jour sans une actu Web 2.0 ! Ce mythe Web 2.0 provoque un tel emballement que les acteurs du Web 2.0 commencent réellement à se poser des questions sur le développement d’une bulle 2.0 ! (voir l’excellente serie de billets sur la bulle du web 2.0 par techcrunch)
Le Web 2.0, mais qu’est-ce que c’est au fait ?
Ce qui est étonnant dans le Web 2.0 c’est que la plupart des gens qui en parlent ne savent pas de quoi il s’agit. En fait c’est normal, le Web 2.0 était un concept très vague au départ. Sa définition s’est structurée au cours du temps.
Le terme Web 2.0 a été inventé en Août 2004 par Dale Dougherty de la société O’Reilly Media. Le plus étonnant est que son auteur ne définit pas le terme précisément mais donne uniquement quelques exemples illustrant des sites web 1.0 et leurs équivalents Web 2.0.
Parti de cette maigre comparaison on ne s’étonnera pas que le mouvement fut très vite critiqué comme étant un pur buzz pour relancer les finances des acteurs du web.
Mais restons positifs !
Si on cherche à définir le Web 2.0 aujourd’hui on peut arriver à quelque chose de plus consistant qu’il y a 2 ans !
Le Web 2.0 est une évolution qui comporte 3 aspects :
L’aspect technique
Qui ne se souvient pas du pompeux acronyme Ajax qui s’est accumulé sur tous les sites d’actualités techniques comme Cnet Zdnet et Journal du Net en 2005. Certes, la technologie Ajax est séduisante car elle permet d’obtenir des interfaces proches de celles des logiciels de bureautique. Mais la réalité c’est qu’Ajax est aussi un buzz. Cette technologie n’a rien de vraiment nouveau car l’XMLHttpRequest qui la caractérise date de 1998 et Flash avec l’actionscript (depuis la version 4 du logiciel) produit des interfaces du même type depuis 1999 !
Pourtant depuis 2 ans, il faut reconnaître qu’on voit apparaître des projets open-source intéressants qui apportent une valeur ajoutée certaine sur la productivité et l’ergonomie. Après les années 2000-2005 où on a vu apparaître de nombreux projets open-source pour créer des sites communautaires (nuke, zope, spip, typo3, drupal, mambo et jumla…), on voit désormais apparaître des librairies et des briques applicatives pour créer des interfaces dynamiques permettant le drag and drop, le plier-déplier, des chargements asynchrones, l’auto-complétion…
On dispose aussi de nombreuses API pour dialoguer avec des services web divers, ce qui permet d’utiliser le moteur google pour votre site ou encore de proposer en temps réel les prix dans différentes boutiques d’un produit que vous décrivez dans votre blog. La transversalité des liaisons est amplifiée et même si c’est pour faire tourner le business, au final l’utilisateur est gagnant en diversité et qualité de service.
Aujourd’hui il est clair que le web présente de nouveaux services plus interactifs, collaboratifs et ergonomiques qu’il y a quelques années. Mais dire qu’il s’agit d’une révolution c’est de l’abus car ces technologies que l’on voit fleurir et refleurir aujourd’hui sont le résultat de 5 à 8 années d’évolutions. Disons qu’actuellement le Web 2.0 exploite des technologies dont les standards deviennent enfin opérationnels sur la majorité des navigateurs clients.
L’aspect financier
Il s’agit peut-être de la partie la plus évidente du mouvement Web 2.0. C’est aussi l’aspect qui a du accélérer ce buzz, car les premiers éditeurs qui ont parlé du Web 2.0 ont crédibilisé techniquement les projets recherchant des investisseurs du capital risque échaudés par la bulle internet de 2000.
L’introduction en Bourse de Google date exactement de la naissance du buzz Web2.0 !
Désormais de très nombreuses sociétés internet visent une IPO ou un rachat par un grand groupe.
Ainsi on voit marmitton.org se faire racheter 3,75 millions d’euros par Aufeminin.com et le site immobilier SeLoger.com qui souhaite une IPO avant 2007. Vous remarquerez que ces 2 derniers exemples ne sont pas vraiment des modèles d’innovation en termes d’ergonomie, de collaboration et de services mais contrairement à la bulle 1.0, ces services sont déjà rentables même si leurs modèles économiques sont pour l’instant essentiellement dépendants de la publicité qui se porte bien actuellement !
A un niveau plus bas, les petites agences web, développeurs free-lances ou chômeurs de la bulle 1.0 en recherche d’emploi profitent aussi de l’aubaine en se collant ce label magique « Web 2.0 » pour au final travailler sur des projets web classiques ou institutionnels ne nécessitant pas de fonctionnalités collaboratives ou interactives.
Dans tous les cas, c’est bien sur cet aspect financier que l’on voit émerger une bulle Web 2.0. On remarque déjà , comme en 2000, de nombreuses startups créées pour être revendues à court terme sans chercher des modèles économiques viables sans un marché de la publicité en ligne fleurissant.
L’aspect social
C’est cet aspect qui me semble le plus important et qui m’a donné envie de m’intéresser au Web 2.0. Pourtant ce n’est que récemment qu’on a commencé à mesurer l’impact d’un réseau contributif basé sur l’échange et l’implication de tous ses utilisateurs.
Tim O’Reilly a déclaré : « Une vraie application Web 2.0 est une application qui devient meilleure quand plus de personnes s’en servent.[…] C’est pour ça que j’affirme que le véritable cœur du Web 2.0 c’est de tirer parti (harnessing) de l’intelligence collective. »
FredCavazza (FredCavazza.net) parlait carrément du « putsch des utilisateurs ». Lorsqu’on surfe actuellement sur la blogosphère on peut mesurer l’importance de ce réseau alternatif sur le point de faire concurrence aux journalistes traditionnels qui manquent de moyens pour vérifier et illustrer leurs sources.
On trouve ainsi des sites très spécialisés dans tous les domaines avec des informations plus ou moins vérifiables mais moins formatées et plus développées que dans les réseaux officiels. La force de la blogosphère est telle qu’elle vient se joindre aux éditeurs officiels pour compléter et rendre le contenu plus proche des lecteurs.
Le Web 2.0 appartient donc avant tout à ses utilisateurs sans lesquels il n’est qu’une pauvre coque vide high-tech.
Les détracteurs vous diront à juste titre que les forums et les projets collaboratifs (read/write) existent depuis belle lurette. Ce qui ressort désormais c’est le fait que presque n’importe qui peut lancer son blog sans connaissance technique. Alors qu’avant il fallait trouver un forum ou un newsgroup sur le sujet à développer ou s’arracher les cheveux avec du code html pour créer son site perso, aujourd’hui tout le monde peut prendre l’initiative de créer son espace de discussion et faire participer ses visiteurs. Par rapport au site perso on est dans un format beaucoup plus court ; on parle d’ailleurs de billets ce qui favorise le saut d’un blog à l’autre et entraîne un web-zapping. C’est le propre du web 2.0 de mixer et remixer son contenu surabondant à coups de tags et de trackbacks grâce à l’intervention des internautes.
Le bonheur du Web 2.0, c’est qu’il se recentre sur l’utilisateur. L’internaute peut désormais faire son propre mix avec Netvibes, Mon Yahoo ou l’accueil Google en s’abonnant à ses flux préférés officiels et non officiels.
Le Web 2.0 est attachant car sa dimension humaine est sans précédent mais gardons à l’esprit que le web se cherche encore comme un adolescent et avant d’arriver à maturité il conviendra de rester vigilant pour que ses excès ne fassent pas de dégâts.





